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Qui est Rudolf Arnheim ?
Rudolf
Arnheim est sans doute le plus célèbre imagicien
du siècle dernier. Le premier, il a essayé de comprendre
comment fonctionne l'imagination imagique. Il avait accepté,
en 1983, de rédiger une importante Préface du livre
de Cossette, Les Images démaquillées,
dont voici le texte:
LES IMAGES DÉMAQUILLÉES : PRÉFACE
par le Professeur Rudolf Arnheim, Ph.D.
Réaliser une oeuvre aussi monumentale que celle-ci
n’était possible qu’à certaines conditions.
D’abord, il fallait un homme plongé au coeur du monde des
images pour qu’il puisse en parler de l’intérieur,
et un homme passionné par l’image au point de lui rendre
ce colossal hommage. Il fallait aussi que cet homme, si impliqué
fut-il à l’intérieur de cet univers, fusse détaché
au point de renoncer aux instigations et sollicitations de son métier
d’enseignant, de visualiste et de communicateur, et y renoncer
suffisamment longtemps pour pouvoir avoir de l’extérieur,
une vue sur le panorama entier de l’image.
Mais il fallait encore davantage pour que ce livre soit réalisable.
Ce n’est que depuis peu qu’il est possible de rassembler
sous une même couverture toutes les connaissances relatives à
l’écriture et à la lecture imagique. Le Professeur
Cossette a dû créer le terme « iconique » pour
désigner l’ensemble des innombrables notions jusqu’à
maintenant disséminées en psychologie de la perception,
en optique, en physiologie de la vision, dans les règles de l’art
reconnues par les publicitaires, dans les principes des penseurs de
la communication, dans les concepts des linguistes ou des philosophes,
et dans les appréhensions intuitives des artistes. Le temps était
mûr pour abattre les frontières - frontières entre
champs de connaissances mais aussi entre cultures et pays isolés
les uns des autres par leurs langues différentes et leurs visions
du monde distinctes. Cela fait chaud au coeur de découvrir à
tant d’endroits dans le long manuscrit du Professeur Cossette
l’apport d’auteurs de toutes les parties du monde, rassemblés
comme les participants d’un congrès international pour
enrichir mutuellement leurs connaissances. Et ce n’est pas un
hasard si cette synthèse provient du Canada, un de ces pays où
le milieu culturel complexe est tout indiqué pour servir de catalyseur
dans un monde autrement marqué par l’esprit de clocher.
Voici une entreprise qui aurait commandé le respect de messieurs
Diderot et d’Alembert. Il y a deux cents ans, il était
moins laborieux pour eux de colliger toutes les connaissances en une
encyclopédie. De nos jours, embrasser toute l’iconique
aurait été irréalisable si le Professeur Cossette
ne s’était avisé de restreindre son sujet aux images
fonctionnelles, c’est-à-dire celles qui répondent
effectivement aux buts que les enseignants, les journalistes et les
publicitaires poursuivent. Les règles révélées
par l’expérimentation et la statistique pour défendre
une thèse, inciter à l’action, vanter un produit
ou expliquer un fait de manière simple et séduisante,
ces règles pourront toujours difficilement s’appliquer
aux buts immensément divers poursuivis par les peintres ou même
les cinéastes.
C’est un tour de force du Professeur Cossette de savoir voler
assez haut pour conserver une vue d’ensemble de son sujet tout
en se tenant assez près pour pouvoir relever les fins détails.
Des anecdotes tirées des faits divers font suite aux principes
théoriques ou aux formules mathématiques; tout en ne négligeant
pas ce qui se passe en Europe ou en Asie, il donne prépondérance
à l’histoire et aux événements actuels de
ce Québec qui a donné naissance à son encyclopédie.
Il pilote ses lecteurs sur les avenues brillamment éclairées
des sciences traditionnelles mais il leur prête aussi sa lampe
de poche pour qu’ils puissent investiguer le labyrinthe plus hermétique
de la sémiologie.
Le sous-titre du livre prévient les lecteurs qu’ils entreront
en contact avec une « approche scientifique de la communication
par l’image »; mais il y a aussi le grand titre conçu
pour nous faire hésiter car ce titre nous rappelle que les images
ne sont pas toujours un reflet pur et simple de la vérité.
Particulièrement dans leur utilisation fonctionnelle, elles sont
souvent des masques fabriqués pour cacher les intentions réelles
de leurs auteurs, pour induire en erreur. Il est nécessaire de
démaquiller les images. Cela nous rappelle que nous vivons dans
une ère où certains gouvernements s’ingénient
habilement à créer une « image » favorable
plutôt qu’à poursuivre les intérêts
profonds des citoyens. En ce domaine, l’expertise du Professeur
Cossette constituera une aide précieuse pour ceux qui veulent
échapper aux pièges de la duperie et utiliser les images
pour rechercher la vérité.
Rudolf Arnheim
University of Michigan
Ann Arbor
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