Avec les 26 lettres de l'alphabet français,
on peut aussi bien composer les 1000 mots du français fondamental, les
3,000 mots du vocabulaire courant, les 50,000 mots du Petit
Robert ou les 200,000 articles du Grand Larousse encyclopédique.
La langue française en compte plusieurs millions. Miller (1965) estime
qu'on peut construire 10 exposant 20 phrases de 20 mots, ce qui prendrait 1,000
fois l'âge estimé de la Terre pour les écouter. Ainsi, malgré
leur nombre restreint, les graphèmes permettent de construire un nombre
infini d'unités imagiques signifiantes que nous appelons "iconèmes".
Un iconème, c'est toute structure graphiesque que l'on peut identifier
comme ensemble signifiant. Un iconème peut être aussi bien non-figuratif
que figuratif: toute graphie isolable comme entité significative est
un iconème.
Le vocabulaire iconique
Jusqu'à un certain point, le nombre d'iconèmes
pouvant être dénombrés dans un message iconique donné
est variable. En effet, tout message est constitué d'actants et de prédicats.
L'actant, c'est la réalité sur laquelle on énonce quelque
chose. Le prédicat, c'est ce qu'on énonce sur un actant.
Dans un message iconique, les fonctions actantielles et prédicatives
sont déjà assumées de par l'existence même de l'image:
n'y aurait-il qu'un iconème de présent dans l'image, on affirmerait
par là que le référent "est". Mais la plupart des iconèmes
peuvent être disséqués en parties, chacune pouvant être
considérée comme unité significative; ces unités
nouvelles sont des "iconèmes- disséquants". Prenons une image
qui comporte cinq iconèmes-substantifs: le ciel, la mer, la lune, son
reflet et le voilier.
Mais on peut aussi déterminer qu'elle comprend sept
iconèmes, si l'iconème "voilier" est considéré comme
étant composé de deux iconèmes-disséquants ("coque"
et "voile")et qu'on isole la ligne d'horizon comme entité significative.
Ceci étant, tout n'a pas été dit encore; le rapport image/référent
est d'une grande complexité. En fait, la signification imagique ne se
constitue qu'à la suite de complexes transformations alchimiques. Les
signifiés y sont enfouis de couche en couche comme dans les poupées
russes. Les images fonctionnelles prennent leur consistance propre à
mesure qu'elles prennent de l'épaisseur comme dans les mille-feuilles.
Codage stéréotypique
Les images, on l'a vu plus haut, participent d'un code. C'est le
codage qui donne aux images leur profondeur définitive. En réalité,
dans le cas des images, il y a trois niveaux de codage:
le codage iconique, le codage graphémique et le codage iconémique.
NIVEAUX DE CODAGE
Il semble que les sémiologues soient d'accord
pour convenir du multicodage des images. Toutefois, ils ne s'entendent
pas sur la structure (on passe du biscuit-sandwich, au mille-feuilles,
au baklava). Ainsi Barthes (1964) affirme que dans une annonce publicitaire,
cxistent trois messages: le message linguistique, et un message
iconique qui est double (plan dénotatif et plan connotatif).
Péninou (1968) décèle dans l'image
publicitaire cinq messages superposés qui s'agglutinent pour donner
le sens: le message d'appartenance au genre (les indices qui font percevoir
une image donnée comme étant une image publicitaire), le
message linguistique (les mots), le message de référence
à l'émetteur (l'identification du produit ou de l'entreprise),
le message de dénotation et enfin, le message de connotation.
Eco (1970) considère que les images sont codées
selon sept niveaux de codage superposés; codage perceptif (bio-physiologique),
de reconnaissance (psycho-symbolique), iconique (structure sémiologique
de l'image), iconographique (représentations culturalisées),
tonal (styles conventionnalisés), codage du goût (canons
fluctuants des valeurs) et codage rhétorique (solutions originales
normalisées).
Le codage iconique est
un codage "technique". Il consiste en la transcription du réel à
trois dimensions (voire quatre) sur une surface plate avec ses caractéristiques
propres. Il s'agit là de fait d'une véritable transposition puisque
l'image ne porte souvent que quelques-uns des caractères du référent.
Elle n'a que deux dimensions, souvent elle ne réfléchit même
pas les couleurs du référent, parfois elle n'en rapporte même
que les contours, etc. Eco (1972) a justement fait remarquer que l'image d'un
verre de bière n'est pas obligatoirement ni humide, ni froide, ni brillante.
Les regardeurs qui voient une image savent bien -quoiqu'ils affirment y percevoir
de la profondeur- qu'il ne s'agit que d'une image. Ils sont tout à fait
conscients de la distance qui existe entre le réel et l'image. Celle-ci,
si analogique soit-elle, n'est encore à leurs yeux qu'un analogon. Ils
savent que c'est un signe, un tenant de lieu, un ersatz. Richaudeau (1979) cite
cette recherche où six transpositions différentes représentaient
le même réel: photo en tons continus, photo identique mais détourée,
dessin au trait avec simulation du volume, dessin contour, ombre chinoise et
dessin linéaire schématique. Chaque type de transposition ne provoque
pas le même taux de reconnaissance-association avec le réel (entre
49% et 72% selon le genre d'image). Tous ne réussissent pas à
reconnaître le référent mais personne ne confond l'image
avec le réel représenté. Tous perçoivent l'image
comme image. Le codage iconique est décidément un bizarre de phénomène.
Le codage iconémique, lui,
prend existence à partir des signifiés produits par les iconèmes
qui cxistent dans l'image. Les iconèmes portent une signification:
ils sont reconnus comme l'analogon de leur référent, bien sûr.
Mais dans toute image véritablement fonctionnelle, le lien iconème/référent
jouit d'une qualité particulière: celle de pouvoir provoquer une
association sémantique Sa/Sé instantanée (ou presque!).
C'est que les iconèmes utilisés sont chargés au maximum
sur le plan de la signification. C'est comme si ces iconèmes-là
étaient les plus caractéristiques de la signification à
transmettre. On peut encore affirmer que les iconèmes efficaces -qui
nous concernent ici- sont normalisés, conventionnés, codés.
Panovsky (1967) a travaillé longuement à mettre au point ce qu'il
a appelé "l'iconologie", c'est-à-dire une méthode pour
rendre clairs les liens soudés, qui unissent les iconèmes et leur
référent. Pour y arriver, il suggère de procéder
en trois étapes:
description pré-iconographique (interprétation
de l'homme cultivé moyen);
analyse iconographique (interprétation des figures
allégoriques conventionnelles);
analyse iconologique (interprétation du sens en
ayant recours aux sciences humaines, et notamment à la symbolique archétypique).
Le codage iconémique cristallise un réel donné
dans un iconème précis. Ainsi, il est notoire que "une jolie jeune
femme (surtout si elle a les yeux révulsés) habillée d'une
aube bleu ciel" est la Vierge Marie. De même, "une jeune femme assise
les yeux bandés tenant une balance à fléau dans les mains"
est sûrement la Justice, ou "un vieillard maigrichon en culotte XVIIe
siècle et la lance à la main" a toutes les chances de représenter
Don Quichotte.
Le codage iconémique s'appuie de tout son poids sur
le passé. La communication iconique efficace compte sur le typique, l'allégorique,
le symbolique. L'image fonctionnelle souligne le caractéristique, voire
l'exagéré, l'outré. Ainsi, le verre ciselé est luxueux,
les gros sourcils noirs sont méchants, la soie est chinoise, les miséreux
sont sales, les talons aiguilles sont sexy. En un sens, le codage iconémique
est caricatural: un "homme en bottines molletières et chemise rouge à
carreaux" est un Québécois, une "femme en maillot de bain, talons
hauts et ruban en bandoulière" est une participante à un concours
de beauté, un "homme en sarreau blanc, un tube noir et nickelé
sortant de la poche" est un médecin, etc. A l'extrême, on ne communiquerait
plus en images qu'en utilisant des iconèmes déjà érigés
au rang de symboles quasi universellement convenus. D'ailleurs, pour les communicateurs
de masse, les stéréotypes sociaux jouissent davantage de qualités
que de défauts. Thompson (1981) écrivait: "Nous pensons que l'abus
(des clichés) est une vertu car nous pouvons ainsi présumer qu'ils
seront largement acceptés. Sans cela, il n'y a pas de communication possible."
C'est en cela aussi que l'utilisation des
figures de rhétorique dans les images fonctionnelles
les fait participer au codage iconémique. Nous verrons plus loin comment
la rhétorique nous propose des outils pour rendre les images plus communicationnelles,
plus persuasives. Les artistes publicitaires recourent même en illustration
à des sources documentaires qui rassemblent des images
stéréotypées. Cette façon de faire leur permet,
selon le cas, soit de s'en inspirer pour concevoir et exécuter des uvres
originales, soit de les reproduire telles quelles. C'est dire combien ces images
physiques correspondent véritablement à l'image (mentale!) qu'un
public se fait des principaux protagonistes sociaux.
Trois sortes de codages graphémiques
différents. Chacun nous transmet une information sommaire
: le premier est sans doute une photo amateur; le deuxième est
probablement le croquis d'un dessinateur habile; le troisième est
évidemment celui d'un jeune enfant.
Le codage graphémique, quant
à lui, provient du mixage des graphèmes qui, en participant à
la constitution des iconèmes, leur donnent une qualité particulière.
Les graphèmes provoquent certains effets sur la structuration iconémique,
donc sur la signification. Ces effets sont encore mal contrôlés
mais on a démontré leur existence. Ainsi, Boisvert & Cossette
(1978) ont montré qu'un même iconème n'a jamais tout à
fait la même signification si sa composition graphémique varie.
Ces auteurs avaient artificiellement fait varier la composition graphémique
d'une image en réalisant quatre traitements différents. Le contenu
iconémique était donc identique mais les quatre traitements donnaient
soit photographique ou dessinée, soit polychrome ou achrome. La recherche
a démontré que le compris-senti, la valeur sémantique,
différait pour chacun des traitements; ainsi, si la photo quadrichrome
est plus luxuriante et plus évidente, à l'opposé le dessin-ligne
est perçu comme plus simple et plus sérieux. Le codage graphémique
est donc indéniablement porteur de significations.
D'ailleurs, même les profanes savent déceler
certaines qualités des images construites selon un mixage graphémique
donné. Ainsi, on sait reconnaître un certain grain comme étant
"impressionniste", certaines couleurs sont "fauvistes". De même, on sait
distinguer le flou des valeurs comme "hamiltonien" ou certaines formes comme
"enfantines". Les graphèmes provoquent des effets de style qui ajoutent
des valeurs connotatives à l'image. Certains spécialistes arrivent
même à déceler, grâce au codage graphémique,
les photos publicitaires qui imitent une photo de reportage. Il faut donc manier
minutieusement l'alphabet graphémique sans quoi, il pourrait arriver
que la signification d'un iconème bascule dans une zone imprévue
du signifié. Banques
d'images accessibles par Internet
Le contenu iconémique même de l'image fonctionnelle
prescrit certaines interprétations obligées. On a vu Almasy (1975)
prétendre même que ce contenu imposait une séquence de lecture:
les regardeurs repérant dans une image, selon lui, d'abord les iconèmes
représentant des humains, puis ceux représentant des choses en
mouvement et en dernier ceux représentant des objets statiques. Il n'est
pas sûr que la nature des iconèmes présents impose un ordre
de lecture mais elle permet un climat communicationnel. Ainsi, il est évident
que la présence d'un personnage dans l'image permet d'établir
un type de rapport privilégié entre l'image et le regardeur. Les
publicitaires savent depuis longtemps que le contenu iconémique d'une
image influence grandement la lecture. Starch (1953) fit une enquête dans
11,000 foyers où il demandait de choisir dans une liste les trois sujets
les plus intéressants; il obtint les résultats suivants sur l'ordre
de préférence des sujets les plus prisés (l'automobile
et le foyer étaient exclusifs à l'un ou l'autre sexe respectivement):
Par
les hommes
Par
les femmes
(entre
parenthèses, le rang chez l'autre sexe)
1. les sports
55%
(14e)
la religion
36%
2. l'automobile
34%
la cuisine
34%
(14e)
3. les spectacles
30%
le foyer
34%
4. l'immeuble
27%
(13e)
les enfants
30%
(13e)
5. la religion
20%
la décoration
25%
6. le jardinage
19%
la mode
23%
(17e)
7.
les affaires
17%
les
spectacles
23%
8. la politique
17%
(17e)
le jardinage
18%
Le grand concepteur publicitaire américain John Caples
(1974) donne une liste (basée sur des années de succès
probants) des iconèmes qui provoquent l'attention: la mariée,
le bébé, l'animal, le personnage célèbre, les personnes
dans des costumes originaux, les personnes avec des allures spéciales,
les scènes narratives, les scènes romantiques, les catastrophes,
les sujets qui font les manchettes, et enfin, les symboles associés à
des moments forts de la vie. Mais il ajoute que les enquêtes révèlent
que "une image qui attire l'attention n'implique pas qu'elle ait le pouvoir
de générer des ventes et que pour qu'elle ait ce pouvoir, elle
doit avoir un lien évident avec le produit annoncé". En effet,
ce qui provoque l'intérêt des regardeurs, c'est ce qui relève
de leurs préoccupations actuelles (self-interest).
Ceci est une vérité qui contredit une croyance répandue
selon laquelle les sujets surprenants seraient les plus efficaces. Caples écrit:
"Une observation intéressante révélée par les recherches
est que les hommes cherchent à regarder les annonces qui contiennent
des images d'hommes, et les femmes, celles qui contiennent des images de femmes.
L'homme déduit que l'annonce qui utilise l'image d'un homme a toutes
les chances d'annoncer un produit destiné aux hommes, et vice versa.
Avant que l'usage des recherches se répande, certains publicitaires croyaient
que la façon d'attirer l'attention d'un lecteur mâle était
d'utiliser l'image d'une Vénus au bain. Il apparaît que cette façon
de faire sollicite les mauvaises cibles ou elle attire leur attention d'une
manière inefficace. Ce genre d'images peut susciter un désir pour
la femme, mais il ne semble pas qu'elle puisse créer un désir
pour le produit."
Une chose est sûre néanmoins: rien n'attirera
autant le regard d'un regardeur que le regard droit originant d'un personnage
en gros plan. Ceci est un point de gagné. Mais nous savons encore trop
peu de choses définitives pour avancer une recette éprouvée.
Une équipe de l'école des arts visuels de l'Université
Laval, Griffon, a mis sur pied un programme ambitieux visant à identifier,
à partir d'un corpus d'images prouvées efficaces, les iconèmes
qui permettraient de prévoir statistiquement les chances qu'une image
se retrouve parmi les images les plus remarquées et les plus lues (voir
renseignements additionnels sur le programme Modelicon au chapitre suivant).
Le sémiologue français Georges Peninou (1966)
a étudié les rôles que tiennent les personnages dans les
images fonctionnelles. Il a remarqué, entre autres, que la position que
tient un personnage par rapport au regardeur est décisive; au point de
bouleverser le type de rapport que le regardeur entretient avec l'image. Selon
qu'un personnage sera de face, de trois-quarts ou de profil, c'est toute la
dynamique de la communication qui évolue. Le personnage de face exacerbe
la fonction phatique de la communication: le regardeur se sent interpellé
personnellement, d'autant plus d'ailleurs que le regard sera fixé sur
lui. Il en résulte une plus grande sollicitation émotive et le
regardeur est incité à une relation dyadique avec le personnage.
Toutefois, dans ce type de mise en scène, il est difficile de jouer toutes
les cordes de la rhétorique persuasive; le regardeur est ainsi relativement
protégé des sophismes qui constellent les messages persuasifs.
Le personnage de profil joue un rôle fort différent.
Tout à ses affaires, il est comme en retrait par rapport au regardeur;
il agit ou interagit avec d'autres personnages. Mais de lien affectif avec le
regardeur: peu ou pas. Ce dernier devient alors véritable spectateur,
il est le témoin d'une action qui se déroule hors de son contrôle;
il en est réduit à examiner les détails, chercher à
saisir une anecdote, ou déchiffrer la narration, en un mot à comprendre
le spectacle qui se passe sous ses yeux. Evidemment, dans ces conditions, le
regardeur peut plus facilement poser un jugement réfléchi sur
l'image-scène. Néanmoins, c'est dans ces scènes que joueront
en contrepoint tous les rouages de la symbolique objectable. Il est rare que
ces images-là parlent directement du sujet de la communication: tout
se joue à mots couverts. Le personnage de profil est protagoniste d'une
action en cours. On peut comparer le rôle du personnage de face à
celui du personnage de profil en se remémorant les photos de presse présentant
des personnages publics. Que se passe-t-il le plus souvent? S'il est seul, le
personnage tente d'établir le contact du regard avec les regardeurs;
il "pose": de face, en regardant yeux dans les yeux. S'il est avec d'autres
personnes, il "joue la comédie", simulant l'échange d'une poignée
de main ou de quelques bonnes blagues; on le voit alors de profil, feignant
d'ignorer la caméra...et le regardeur éventuel. Bien sûr,
si les personnages sont des profanes de la communication iconique, il se peut
que chacun s'isole des autres, regarde l'objectif de face comme cela se passe
souvent dans les photos-souvenirs de noces ou de groupes scolaires. On peut
presque dire que dans un tel cas, chacun des personnages donne lieu à
un portrait individuel.
Mais ces rôles différenciés des personnages
ne sont pas toujours perçus consciemment par le regardeur. Voici par
exemple deux images annonçant le même produit. On serait porté
à penser qu'elles ont toutes deux la même structure sémantique:
même personnage, même mise en page, etc. Dans la première,
la comédienne Louise Marleau est présentée de face, elle
nous regarde. Certains iconèmes (micro, caméra, éclairage...)
nous la font percevoir comme actrice; nous sommes donc en relation avec un personnage
auréolé de gloire (quelle chance!). Dans la deuxième, l'actrice
interagit avec un deuxième personnage connu, l'acteur Donald Pilon; ils
se regardent. Nous redevenons par là les simples témoins d'une
action.
Enfin, le personnage de trois-quarts est un personnage ambigu:
on ne sait trop plus quel rôle il joue. Selon la direction de son regard
ou la nature de son geste, il est implicatif ou exclusif. Exclusif, il impose
une certaine distance au regardeur; implicatif, il soutient la relation personnage/regardeur.
En fait, le personnage de trois-quarts peut exprimer toutes les nuances de la
psychologie du personnage.
Chacune de ces positions correspond à l'une des personnes
grammaticales: 1re, 2e ou 3e personne. Le personnage de face est en position
discursive; il parle au regardeur, lui raconte, l'interpelle. Il se crée
donc une esquisse de relation entre les personnages et le regardeur, un embryon
de dialogue au sein duquel jouent alternativement le "je" et le "tu", de la
1re à la 2e personne. Au contraire, le personnage de profil est en situation
de récit; il agit. Le regardeur le perçoit alors comme un acteur,
là-bas sous les feux de la rampe. Le personnage est pour lui la 3e personne
qu'il aura tendance à désigner comme "il".
Tout cela pour dire que le contenu iconémique même
constitue un message non négligeable, ou tout au moins, greffe des connotations
importantes au message originalement planifié. Aussi est-il important
de connaître à fond le contenu sémantique que véhicule
tout iconème. Inhérent à la nature même d'un iconème,
un sens s'en dégage. On peut assimiler ces commentaires sur les objets
imagiques à la position du sociologue français Jean Baudrillard
(1968) qui faisait justement remarquer que les objets réels eux-mêmes
perdent de leur fonction objectale au profit de leur fonction signe: "Il ne
s'agit donc pas des objets définis selon leur fonction, ou selon les
classes dans lesquelles on pourrait les subdiviser pour les commodités
de l'analyse, mais des processus par lesquels les gens entrent en relation avec
eux et de la systématique des conduites et des relations humaines qui
en résulte." Si bien qu'à la fin, les objets ne sont plus des
objets mais des symboles, des extensions de personnalité: "Les connotations
formelles et techniques s'ajoutant à l'incohérence fonctionnelle,
c'est tout le système des besoins - socialisés ou inconscients,
culturels ou pratiques - tout un système vécu inessentiel qui
vient refluer sur l'ordre technique essentiel et compromettre le statut objectif
de l'objet." Si cela est vrai pour les objets, à combien plus forte raison
cela peut-il l'être pour les images d'objets. Les images sont des assemblages
d'iconèmes qui sont à proprement parler des objets déjà
élevés au rang de signes.
Source : Cossette, Claude. 1982. Les images démaquillées
ou L'iconique : comment lire et écrire des images fonctionnelles pour
l'enseignement, le journalisme et la publicité. Québec : Éditions
Riguil internationales, Pages 413 à 421 (cet ouvrage est épuisé)