L'image et l'objet :
un questionnement visuel
de Magritte étalé sur 40 années
Réflexion
du professeur
Effectivement,
l'image d'un objet n'est pas l'objet lui-même. Comme disait le sémiologue
américain de la fin du 19e siècle, William James:« Le
mot "chien" ne mord pas.» Magritte, lui,
a travaillé sur ce paradoxe de 1928 à 1966.
En 1926, il avait réalisé cette pochade où commençait
de s'esquisser la"représentation" d'une pipe sous trois formes:
une graphie abstraite,
une graphie figurative,
un mot.
Est-ce que la graphie
figurative EST une pipe? NON! C'est l'image d'une pipe.
En 1927, il nous crée,
avec son tableau La Clé des songes, une petite surprise
images-mots: trois des quatre objets sont identifiés"incorrectement"
alors que le 4e est identifié "correctement". Pourquoi donc Magritte
a-t-il procédé ainsi?
En 1928, Magritte chatouille notre
capacité à visualiser avec ce tableau intitulé Le
Miroir vivant: sommes-nous ici en face de mots? ou sommes-nous en train
de regarder une image?
En 1930, Magritte revient
avec une nouvelle réflexion imagique avec ce tableau intitulé
La Clé des songes (version 2, devrions-nous ajouter).
Encore une fois, il joue au jeu de "l'identification défectueuse". Il
insiste... sur quoi?
.
Et 30 ans plus tard, en
1966, Magritte peint un nouveau tableau intitulé Les Deux
mystères dans lequel on aperçoit deux pipes. Deux pipes? La
boucle est bouclée: la "pipe du tableau qui n'en était pas une"
dans le tableau de 1928, est présentée plus minutieusement figurative,
donc avec une intention de véracité plus vraie que la pipe hors
tableau qui a donc l'air moins "image" que celle du petit tableau.
Mais laquelle est une pipe, et laquelle n'est que représentation d'une
pipe? « Ceci
n'est pas une pipe » ?