Des mots différents
pour parler de réalités différentes
par Claude Cossette
Le mot "image" est doté d'acceptions
multiples. Il vient du latin imago, imaginis qui signifie
"qui prend la place de". Les Anciens utilisaient aussi des synonymes approximatifs
comme "effigie" ou "simulacre". Les Grecs disposaient du mot eikôn
pour nommer "ce qui reproduit, représente (rend présent)", une
"réalité"; de là origine le qualificatif "iconique". Le
mot eidôlon, synonyme grec approchant, a fourni
le substantif français "idole".
Dans son acception populaire, le mot "image" réfère
à une représentation plastique, et plus précisément
graphique, d'un objet ou d'un concept. Mais il convient d'éclaircir ici
plus explicitement les notions différentes que peut recouvrir ce mot.
On peut penser dans un premier temps à "l'image lumineuse", celle qui
est étudiée par les physiciens de l'optique. Cette image est constituée
de quanta d'énergie émis ou réfléchis par un corps
et perceptibles par l'oeil. En ce sens, tout ce que notre oeil peut voir est
image lumineuse: la lumière émise par le soleil ou par une ampoule
incandescente de même que les objets naturels qui réfléchissent
ces lumières (paysages, êtres vivants, etc.).
Le spectre visible n'est qu'une infime
partie des ondes que nous connaissons. Immédiatement adjacent au spectre
lumineux, sont présents à droite, les rayons infrarouges et à
gauche, les ultraviolets ; puis, plus loin, les micro-ondes et les rayons X
; enfin, les ondes radio et les rayons gamma.
Mais le mot "image" peut aussi référer à "l'image
rétinienne", c'est-à-dire à celle qui est provoquée
par les réactions à la lumière des cellules nerveuses photoréceptrices
de la rétine. L'étude de ce type d'image est dévolue aux
physiologistes. Ce sont eux qui étudient la structure anatomique de la
rétine et le fonctionnement neurologique de ses cellules spécialisées.
De même, le mot "image" peut référer à "l'image mentale",
celle que le cerveau reconstitue en traitant les informations transmises par
la rétine et celles déjà stockées dans la mémoire.
Ce sont les psychologues qui cherchent à comprendre comment s'élabore
l'image mentale. C'est un domaine complexe où il devient difficile de
relier ce qui est strictement biologique à ce qui ressort des fonctions
symboliques dont le fonctionnement demeure plus obscur encore. Et la structuration
des stimuli en symboles est ce qui nous intéresse au premier chef.
Enfin, le mot "image" peut référer à "l'image
physique", c'est-à-dire à l'image qui est posée sur un
support matériel comme un papier photographique ou une toile à
peindre. Cette image permet la perception directe; ce n'est en quelque sorte
qu'une forme particulière d'image lumineuse. C'est de l'image physique
dont il est question dans notre ouvrage et c'est d'elle dont on proposera un
classement taxonomique plus loin. Il est nécessaire de recourir à
des mots différents pour qualifier les phénomènes reliés
à l'un ou l'autre type d'images.
Le mot "imaginatif" qualifie ce qui est relatif aux opérations
de symbolisation et qui relève de l'imagination dans le sens populaire
du terme; le mot "imaginal" qualifie ce qui est relatif aux opérations
de symbolisation dans le sens précis de synthèse mentale faite
à partir des informations rétiniennes; le mot "imagique" qualifie
ce qui est relatif à tout type d'image portée par un support physique;
le mot "iconique" qualifie ce qui est relatif à l'image fonctionnelle
dans le sens précis où nous l'employons dans ce cours.
Si l'on tente de relier un qualificatif à une acception du
mot "image", on obtiendra un tableau comme ceci:
Substantif
Qualificatif
1. image physique
a) de tout type:
imagique
b) fonctionnelle:
iconique
2. image mentale
a) encodage (intrant):
imaginal
b) évocation (extrant):
imaginatif
Source : Cossette, Claude. 1982. Les images démaquillées
ou L'iconique : comment lire et écrire des images fonctionnelles pour
l'enseignement, le journalisme et la publicité. Québec : Éditions
Riguil internationales, p. 47-48. (cet ouvrage est épuisé).